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Plan de trésorerie : le construire et le suivre en PME

Construire un plan de trésorerie sur douze mois, placer TVA, cotisations et emprunts au bon mois, puis suivre les écarts avec le réel : la méthode en PME.

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Plan de trésorerie : le construire et le suivre en PME

Le plan de trésorerie recense, mois par mois, les encaissements et les décaissements que votre entreprise attend sur les douze mois à venir, à partir du solde bancaire du jour. Il désigne à l’avance le mois où le compte passera sous zéro. Sa valeur tient au suivi : chaque fin de mois, le réel remplace le prévu.

Ce que le plan de trésorerie montre, et ce qu’il laisse de côté

Bpifrance Création définit le plan de trésorerie comme un document de prévision qui recense, sur une période donnée, l’ensemble des encaissements et des décaissements attendus. La trésorerie elle-même désigne, pour le même organisme, l’argent disponible en caisse et en banque : ni les factures émises, ni le stock, ni le bénéfice.

Le tableau aligne une colonne par mois : solde initial, encaissements, décaissements, solde final, reporté sur le mois suivant. Il répond à trois questions :

  • à quel mois le compte descend sous le niveau que vous jugez supportable
  • quel financement court terme demander, pour quel montant et quelle durée
  • quelle dépense décaler si la banque refuse

Chaque document voisin répond à une autre question :

  • Le compte de résultat mesure la richesse créée, hors taxes, à la date des factures ; il compte les amortissements, qui ne sortent jamais de la banque, et ignore le capital d’emprunt remboursé, qui en sort chaque mois.
  • Le budget fixe des objectifs par poste ; le plan de trésorerie les traduit en dates de paiement.
  • Le besoin en fonds de roulement photographie, à une date, l’argent immobilisé par le cycle d’exploitation.
  • Le plan de financement couvre plusieurs exercices et équilibre investissements et ressources stables.

Une entreprise peut dépasser son seuil de rentabilité et manquer d’argent en mars : le plan sert à voir ce mois de mars dès l’automne. Le calcul du besoin en fonds de roulement et les projections pluriannuelles du business plan se traitent à part.

Solde de départ et hypothèses, avant la première colonne

Comment calculer la trésorerie de départ ? Additionnez les soldes des comptes bancaires et la caisse au jour du démarrage, retranchez les chèques et virements émis mais pas encore débités, ajoutez les remises pas encore créditées. Le découvert autorisé ne s’y ajoute jamais : c’est une ressource, pas de l’argent disponible.

Les hypothèses pèsent ensuite plus lourd que les formules. Écrivez-les sur un onglet séparé, avec leur source :

  • le chiffre d’affaires mensuel, tiré du budget et des commandes signées
  • le délai de paiement réellement observé chez chaque gros client
  • les conditions de règlement des principaux fournisseurs
  • la saisonnalité observée sur les derniers exercices
  • les décisions déjà prises : embauche, investissement, remboursement d’un compte courant d’associé

Main rangeant des factures retournées dans une bannette de bureau

Le délai réel compte plus que le délai écrit. Entre professionnels, le délai convenu ne dépasse pas 60 jours après l’émission de la facture ou 45 jours fin de mois, rappelle le portail entreprendre.service-public.gouv.fr (fiche mise à jour le 7 août 2026). Le rapport de l’Observatoire des délais de paiement, publié par la Banque de France le 24 septembre 2026, situe pourtant les retards de paiement à 13,4 jours fin 2025. Inscrivez chaque encaissement à la date où l’argent arrive vraiment.

Encaissements et décaissements : les lignes du tableau

Bpifrance Création demande de porter chaque mouvement toutes taxes comprises (TTC) pour les opérations soumises à la TVA, dans la colonne du mois où il doit se produire. Le plan suit la banque, pas la comptabilité.

Ce qui entre sur le compte

  • les règlements clients, à leur date probable d’arrivée
  • les acomptes reçus à la commande
  • les apports en capital et en compte courant d’associé
  • les déblocages d’emprunt et les subventions
  • les remboursements de crédit de TVA

Ce qui en sort

  • les achats et la sous-traitance, aux échéances négociées
  • les salaires nets et les cotisations sociales
  • le loyer, les assurances, l’énergie, les abonnements
  • les échéances d’emprunt complètes, capital et intérêts
  • la TVA nette et les impôts
  • les investissements, au mois du paiement

Deux erreurs reviennent. L’échéance d’emprunt saisie pour ses seuls intérêts, comme au compte de résultat, sous-estime chaque mois la sortie réelle. Une assurance annuelle lissée par douzièmes efface le creux du mois où elle part en une fois.

TVA, cotisations, impôt sur les sociétés : caler chaque échéance

La fiscalité crée les décalages les plus mal anticipés : ses dates ne suivent ni l’activité ni les encaissements. Trois calendriers, relevés sur le portail entreprendre.service-public.gouv.fr, sont à reporter dans le plan prévisionnel.

La TVA d’abord. Au régime réel normal, la déclaration est mensuelle, ou trimestrielle si la TVA due sur l’année reste sous 4 000 euros, et se dépose entre le 15 et le 24 du mois suivant (fiche mise à jour le 21 février 2026). Au régime simplifié, deux acomptes de 55 % puis 40 % de la TVA de l’année précédente partent en juillet et en décembre, et le solde se règle avec la déclaration annuelle de mai. Le plan porte donc une ligne de TVA nette : collectée sur les ventes, moins déductible sur les achats.

Son exigibilité dépend du métier. Sur une vente de marchandises, la TVA est due dès la facturation ou la livraison, payée ou non ; sur une prestation de services, à l’encaissement, sauf option pour les débits (fiche mise à jour le 25 septembre 2026). Un négociant avance la TVA de ses clients lents, une société de services la reverse au rythme de ses rentrées.

Tirelire en céramique blanche posée près de pièces de monnaie sur un bureau

Les cotisations sociales ensuite : le 15 du mois suivant la paie sous 50 salariés, avec une option trimestrielle sous 11 salariés, selon la fiche sur la déclaration sociale nominative (DSN) vérifiée le 4 mai 2026. Le trimestriel crée un pic tous les trois mois, que seul un plan mensuel fait apparaître.

L’impôt sur les sociétés enfin : quatre acomptes les 15 mars, juin, septembre et décembre, aucun si l’impôt reste sous 3 000 euros, puis un solde le 15 du quatrième mois après la clôture, soit le 15 mai pour un exercice civil. Inscrivez ce solde dès la clôture, sur le résultat estimé.

Cas fictif : un grossiste en jouets d’octobre à février

Un grossiste fournit des magasins de jouets indépendants. Son plan de trésorerie démarre au 1er octobre :

  • solde de départ : 120 000 euros
  • stock de fin d’année : 240 000 euros TTC, payés moitié en octobre, moitié en novembre
  • charges fixes : 35 000 euros par mois, salaires, loyer et emprunt compris
  • ventes de la saison : 200 000 euros TTC en novembre, 220 000 en décembre, réglées à 60 jours, donc en janvier et en février
  • autres règlements clients : 45 000, 40 000 puis 30 000 euros d’octobre à décembre

Fin octobre, il reste 10 000 euros. Fin novembre, le compte affiche moins 105 000 euros : le stock est payé, les ventes de la saison attendent leur échéance. En décembre, les charges fixes et la TVA due sur les ventes de novembre partent avant tout règlement : le découvert dépasse 110 000 euros. Janvier encaisse 200 000 euros et le solde repasse au-dessus de zéro.

La saison dégage pourtant 150 000 euros de marge brute hors taxes, 350 000 euros de ventes pour 200 000 euros d’achats. Établi en septembre, ce plan laisse le temps de négocier un crédit de campagne, que Bpifrance Création cite pour les activités saisonnières, ou un règlement fournisseur plus tardif. Découvert en décembre, le même trou se gère dans l’urgence.

Une société de services de même taille vit un autre plan : sa masse salariale tombe chaque mois, quel que soit le rythme des règlements clients, et son mois critique suit une grosse mission facturée tard.

Le suivi mensuel : prévu, réel, écart

Un plan jamais confronté au relevé bancaire vieillit vite. Le suivi de trésorerie tient en une routine mensuelle, à date fixe :

  1. Rapprochez le solde de fin de mois du relevé bancaire.
  2. Reportez le réel à côté du prévu, ligne par ligne.
  3. Calculez et qualifiez chaque écart important.
  4. Reprojetez à partir du solde réel et ajoutez un mois à droite : ce plan glissant garde douze mois de visibilité.

En période tendue, passez les trois mois suivants à la semaine.

Décalage ou écart définitif

Un décalage ne change pas le total annuel : le client a payé le 3 du mois suivant au lieu du 28. Un écart définitif, commande annulée, hausse de tarif fournisseur, remise consentie, modifie toutes les colonnes suivantes et appelle une décision. Un retard client qui se répète cesse d’être un simple décalage : inscrivez le délai observé dans vos hypothèses et engagez la procédure pour relancer et recouvrer une facture impayée.

Dirigeant vu de dos devant une fenêtre, un classeur fermé sous le bras

Seuils d’alerte : décider avant le découvert

Un prévisionnel de trésorerie sans seuil se lit, puis s’oublie. Fixez un plancher sous lequel le solde projeté déclenche une action, par exemple un mois de charges fixes, soit 35 000 euros pour le grossiste. Trois signaux appellent une réaction dans la semaine :

  • un solde projeté sous le plancher dans les trois mois à venir
  • des encaissements inférieurs au prévu deux mois de suite
  • un découvert utilisé plusieurs semaines d’affilée

Le portail officiel des entreprises range le défaut de trésorerie et le rejet d’un paiement parmi les signaux financiers à surveiller (fiche vérifiée le 9 mars 2026).

Face à un solde négatif annoncé, Bpifrance Création cite trois réponses : revoir le plan de financement initial, augmenter les fonds propres, négocier des crédits bancaires de fonctionnement. La nature du trou oriente le choix :

  • creux saisonnier : facilité de caisse ou crédit de campagne, négociés plan en main
  • retards clients : relances, puis cession Dailly ou affacturage
  • échéance fiscale ou sociale intenable : échelonnement demandé à la commission des chefs des services financiers (CCSF), avant la date
  • déficit chaque mois : apport, prêt à moyen terme ou ouverture du capital

Un déficit structurel se finance sur la durée du besoin, parmi les options de financement pour les PME. Si la banque refuse, la Médiation du crédit, gratuite et confidentielle selon Bpifrance Création, reste ouverte.

Tableur ou logiciel de gestion : l’outil du suivi

Un tableur porte très bien un premier plan, s’il respecte quatre règles :

  • trois onglets : hypothèses, plan, réel
  • des lignes groupées par nature : exploitation, fiscal et social, investissement, financement
  • une formule de solde unique et des cellules protégées
  • une seule personne habilitée à modifier le fichier

Le logiciel de gestion prend le relais quand la saisie manuelle devient le maillon faible : plusieurs comptes, des centaines de mouvements, des scénarios à comparer. Ses fonctions utiles se résument à la synchronisation bancaire, la catégorisation automatique et la comparaison du prévu au réel. Testez-le sur trois mois réels avant de l’adopter.

Pour la banque, l’outil compte moins que le contenu : un plan de trésorerie mensuel sur douze mois, des hypothèses écrites, et un réel récent proche du prévu.

Premier geste, cette semaine : relevez le solde du jour, listez les échéances fiscales, sociales et d’emprunt des douze prochains mois et placez-les dans un tableau mensuel. Le mois le plus bas fixe l’ordre du jour de votre prochain rendez-vous bancaire.