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Capacité d'autofinancement : la calculer et la lire

Capacité d'autofinancement : la calculer par les méthodes additive et soustractive, puis la lire pour rembourser, investir ou distribuer.

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Capacité d'autofinancement : la calculer et la lire

La capacité d’autofinancement (CAF) mesure les ressources que votre entreprise dégage par son activité sur un exercice, avant distribution de dividendes. Elle se calcule depuis le résultat net, augmenté des charges qui ne sortent pas de la banque, ou depuis l’excédent brut d’exploitation. Elle dit ce que vous pouvez rembourser, investir ou distribuer sans emprunter.

Capacité d’autofinancement : ce que mesure ce chiffre

L’INSEE définit la capacité d’autofinancement comme les ressources brutes restant à l’entreprise à l’issue de l’exercice (définition mise à jour le 5 novembre 2019). L’entreprise peut soit les distribuer, soit les réserver à ses investissements, précise l’institut, et la CAF, au contraire du résultat net comptable, ignore les opérations d’appréciation ou de dépréciation du capital.

Traduction pour un dirigeant : la CAF représente l’argent que l’activité de l’année a produit, ou produira, une fois payés fournisseurs, salariés, intérêts et impôt. Amortissements et provisions, simples écritures, y sont neutralisés ; les plus-values de cession, qui relèvent d’une décision ponctuelle, en sont retirées.

Le même indicateur circule sous d’autres noms : marge brute d’autofinancement dans les manuels anciens, cash-flow dans les dossiers rédigés à l’anglo-saxonne. Trois lecteurs le regardent de près :

  • votre banquier, avant tout nouveau crédit à moyen terme
  • votre expert-comptable, qui le présente souvent avec les comptes annuels
  • un repreneur ou un investisseur, qui cherche la rentabilité réelle derrière le résultat affiché

Résultat, CAF, trésorerie : trois chiffres qui divergent

Le résultat net mesure l’enrichissement comptable de l’exercice, la CAF les ressources qu’il a dégagées, la trésorerie l’argent présent sur les comptes à une date précise. Trois questions, trois réponses qui coïncident rarement.

Du résultat à la CAF, l’écart tient aux charges calculées. Une dotation aux amortissements réduit le résultat sans qu’aucun virement ne parte : une entreprise qui vient d’investir lourdement affiche un résultat modeste et une CAF confortable.

Pourquoi une CAF positive ne remplit pas le compte

La CAF reste un potentiel : elle suppose les ventes encaissées et les achats réglés. Or vos clients paient en retard, vos stocks grossissent, un fournisseur exige d’être payé plus vite, et chaque mouvement absorbe une part de la CAF avant qu’elle n’arrive en banque. Cet écart, la variation du besoin en fonds de roulement, se traite dans le guide pour calculer et réduire le BFR.

Une entreprise en forte croissance peut donc dégager une CAF solide et voir son découvert se creuser. Le suivi mensuel de l’argent disponible relève d’un autre outil : le plan de trésorerie sur douze mois.

Une perte comptable, une CAF positive

Une société qui amortit un parc de machines récent, ou qui provisionne un litige important, peut afficher une perte et une CAF positive. La perte est réelle en comptabilité, mais l’activité a produit des ressources. Un banquier lira la CAF avant la perte, puis demandera si la provision annonce une sortie d’argent.

La méthode additive, à partir du résultat net

La méthode additive part du bas du compte de résultat et remonte vers les ressources. Elle démarre d’un chiffre que tout dirigeant connaît.

Le calcul suit cet ordre :

  1. résultat net de l’exercice
  2. plus les dotations aux amortissements, dépréciations et provisions, d’exploitation, financières ou exceptionnelles
  3. moins les reprises sur amortissements, dépréciations et provisions
  4. plus la valeur nette comptable des éléments d’actif cédés
  5. moins les produits de cession de ces mêmes éléments
  6. moins la quote-part des subventions d’investissement virée au résultat

Les lignes 2 et 3 neutralisent les écritures calculées, les lignes 4 et 5 l’effet d’une vente d’immobilisation. La ligne 6 vise les subventions : encaissée une fois, une subvention d’investissement revient ensuite au résultat au rythme de l’amortissement du bien, sans apporter d’argent nouveau.

Repère utile : le règlement n° 2022-06 de l’Autorité des normes comptables, du 4 novembre 2022, a modernisé la présentation des états financiers ; repérez chaque poste par son intitulé.

Le piège des cessions d’immobilisations

Une vente d’immobilisation fausse souvent le calcul manuel. Le prix encaissé est réel, mais il ne vient pas de l’activité : le tableau de financement le range parmi les ressources, sur une ligne distincte de la CAF. Laisser la plus-value dans le calcul gonfle la capacité apparente à rembourser, l’année même où l’entreprise cède un outil de production.

Personne de dos rangeant des classeurs bordeaux sur des rayonnages d’archives

La méthode soustractive, depuis l’excédent brut d’exploitation

La méthode soustractive part de l’excédent brut d’exploitation (EBE) et descend vers la CAF en ne gardant que ce qui s’encaisse ou se décaisse. L’INSEE décrit l’EBE comme la valeur ajoutée, diminuée de la rémunération des salariés et des autres impôts sur la production, puis augmentée des subventions d’exploitation (définition mise à jour le 14 novembre 2019) : la ressource du cœur de métier.

Le calcul enchaîne ces lignes :

  • excédent brut d’exploitation
  • plus les autres produits d’exploitation encaissables
  • moins les autres charges d’exploitation décaissables
  • plus les produits financiers encaissables, moins les charges financières décaissables, intérêts d’emprunt en tête
  • plus les produits exceptionnels encaissables, hors prix de cession d’actif et hors quote-part de subventions
  • moins les charges exceptionnelles décaissables
  • moins la participation des salariés et l’impôt sur les bénéfices

Encaissable ou décaissable : le tri qui fait le calcul

Chaque ligne passe un seul test : ce produit donnera-t-il une rentrée d’argent, cette charge une sortie ? Dotations, reprises et valeur comptable d’un bien vendu échouent. Les intérêts d’emprunt passent. Le remboursement du capital n’apparaît nulle part, faute de figurer au compte de résultat.

Les deux méthodes aboutissent au même chiffre. Faites les deux : un écart trahit presque toujours une ligne mal classée ou une reprise oubliée.

La soustractive montre aussi ce qui sépare la CAF de l’EBE, donc ce que prennent frais financiers et impôt. Une CAF qui baisse alors que l’EBE tient désigne l’endettement plutôt que le métier.

Un calcul complet sur une PME fictive

L’exemple qui suit est inventé. Une société imaginaire de transport de marchandises présente son dernier exercice, chaque poste exprimé pour 100 de chiffre d’affaires hors taxes : lisez chaque valeur comme un pourcentage des ventes.

Son compte de résultat simplifié :

  • achats, sous-traitance et charges externes : 38
  • impôts et taxes : 2
  • charges de personnel : 44, d’où un EBE de 16
  • dotations aux amortissements des véhicules : 7, et dotation à une provision pour litige : 1
  • intérêts d’emprunt : 2
  • vente d’un ancien camion : prix encaissé 3, valeur nette comptable 1, et quote-part de subvention d’investissement virée au résultat : 1
  • impôt sur les bénéfices : 2, pour un résultat net de 7

Par la méthode additive : 7 de résultat net, plus 8 de dotations, plus 1 de valeur nette comptable, moins 3 de prix de cession, moins 1 de quote-part de subvention. La CAF atteint 12.

Par la méthode soustractive : 16 d’EBE, moins 2 d’intérêts, moins 2 d’impôt. Toujours 12 : le contrôle est fait.

Le résultat net de 7 sous-estime donc les ressources de l’année, amputé par les amortissements de la flotte, tout en profitant d’une plus-value de 2 sur le camion vendu, que la capacité d’autofinancement écarte. Raisonner sur le seul résultat, c’est se tromper deux fois, en sens opposés.

Reste la trésorerie. Deux gros chargeurs ont obtenu des délais de règlement plus longs, et le besoin en fonds de roulement a augmenté de 6 : l’activité n’a fait entrer que 6 en banque, la moitié de sa CAF.

Fourgon utilitaire blanc garé dans la cour pavée d’un bâtiment d’activité

Lire la CAF : rembourser, investir, distribuer

Une CAF isolée renseigne peu. Rapportez-la à ses trois emplois : rembourser, investir, rémunérer les associés. Suivez-la aussi en pourcentage du chiffre d’affaires sur trois exercices : la tendance compte plus qu’un point isolé.

Capacité de remboursement : combien d’années de CAF ?

Les banquiers rapportent les dettes financières à la CAF. Le résultat s’exprime en années : le temps nécessaire pour solder l’endettement si toute la CAF y était consacrée. Le transporteur fictif porte des emprunts équivalant à 30 pour 100 de chiffre d’affaires : 30 divisés par 12 donnent deux ans et demi de capacité de remboursement.

Aucun seuil universel ne tranche : la durée tolérable dépend de la vie des biens financés et de la régularité de l’activité. Surveillez le sens, car un ratio qui s’allonge annonce des dettes plus rapides que les ressources.

Second test : la CAF couvre-t-elle les échéances en capital de l’année ? Le transporteur rembourse 5 de capital et garde 7.

Taux d’autofinancement des investissements

L’INSEE définit le taux d’autofinancement, en statistique d’entreprise, comme le rapport de la CAF aux investissements corporels bruts hors apport (définition mise à jour le 17 mai 2019). Quand la CAF dépasse les investissements de l’année, l’entreprise les finance seule ; en dessous, elle complète par l’emprunt, un apport ou sa trésorerie.

Le transporteur prévoit de renouveler deux véhicules pour 15. Avec 12 de CAF, son taux d’autofinancement s’établit à 80 %, mais après remboursement du capital il ne dispose que de 7, avant toute distribution. Le solde passe par un emprunt, un crédit-bail ou un apport, parmi les solutions de financement externe d’une PME.

Distribuer ou mettre en réserve

L’autofinancement proprement dit, parfois appelé autofinancement net, s’obtient en retirant de la CAF les dividendes versés pendant l’exercice. Si les associés du transporteur prélèvent 3, il tombe à 9, et la part disponible pour investir après les échéances à 4.

La décision se prend en assemblée avec trois chiffres sous les yeux : la CAF, les échéances en capital à venir, les investissements prévus. Distribuer une part du résultat reste légitime ; distribuer plus que la CAF disponible après remboursements revient à payer les dividendes par l’emprunt ou la trésorerie.

Main glissant une enveloppe kraft dans le tiroir d’un bureau en bois foncé

Améliorer sa capacité d’autofinancement : vrais leviers, faux amis

Les leviers efficaces agissent sur l’EBE :

  • revoir les prix des prestations les moins rentables, volume nécessaire vérifié par le calcul du seuil de rentabilité
  • supprimer les charges externes qui ne servent plus le métier
  • ajuster la sous-traitance et l’intérim au carnet de commandes
  • abandonner une activité qui consomme des ressources sans marge

Un endettement allégé réduit aussi les intérêts et remonte la CAF d’autant. Quatre gestes, en revanche, embellissent un chiffre sans toucher la CAF :

  • allonger la durée d’amortissement : le résultat monte, la CAF reste stable, voire recule si l’impôt augmente
  • vendre une immobilisation : le prix encaissé n’entre pas dans la CAF
  • reprendre une provision devenue sans objet : produit calculé, sans effet sur la CAF
  • repousser le paiement des fournisseurs : la trésorerie gagne quelques semaines, la CAF ne bouge pas

CAF prévisionnelle : le chiffre attendu pour un projet

Pour un projet d’investissement, la CAF prévisionnelle compte davantage que celle du dernier bilan. Calculée de la même façon sur les comptes de résultat projetés, elle vient en tête des ressources du plan de financement. Construisez-la avec les hypothèses de vos projections de business plan, dotations des nouveaux biens et intérêts du nouvel emprunt compris : sans ces deux lignes, elle surestime votre marge de manœuvre.

Prochaine étape : reprenez vos trois derniers comptes de résultat, calculez la CAF par les deux méthodes, puis rapportez-la aux échéances d’emprunt et aux investissements de l’année à venir. L’exercice le plus faible des trois mesure, avec prudence, ce que votre entreprise peut financer seule.